Fleur de Mai, une Casséus qui dance!
- Fondation Vertières

- May 11
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𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒́𝑢𝑠

Notre Vi𝑒j𝑜 Maurice Casséus est une plume qui sait fleurir E𝑛t𝑟e l𝑒s l𝑖g𝑛e𝑠 et faire danser les mots jusque dans la voix de sa sublime 𝑀a𝑚b𝑜. Quand cette écriture rencontre la virtuosité d’Antalcidas O. Murat, puis s’abandonne à la voix de Gérard Dupervil au sein du Super Jazz des Jeunes, un classique de la musique haïtienne éclot avec la délicatesse d’une saison amoureuse : Fleur de Mai, publiée en 1969.
Cette chanson appartient à une époque où la musique haïtienne savait accueillir la langue française sans la raidir, sans la transformer en exercice scolaire. Fleur de Mai n’est pas écrite pour étaler une virtuosité littéraire. Elle fait respirer une émotion, installe une lumière, donne à l’amour sa météo.
Le premier mouvement de la chanson ouvre d’emblée un espace sonore et affectif : « Mai fleur de mai le printemps rassemble des voix ». Le mois n’est pas traité comme un repère du calendrier. Il est une matière vivante. Il porte des voix, des caresses, des tendresses. Maurice Casséus l’organise autour d’une présence féminine. La femme aimée reçoit les attributs de la saison, mais elle ne disparaît jamais dans l’image. Elle demeure corps, regard, robe, désir, attente. La poésie tient précisément dans cet équilibre entre incarnation et suggestion.
Fleur de Mai est un poème qui avance par ralentissements et glissements. Autour des « grands yeux noirs », la nuit perd sa dureté et prend la douceur d’un écho calme. Puis viennent les « plis de ta robe », image magnifique où l’intime prend valeur d’espace poétique. Dans cette traversée de Casséus, l’amour tente de rassembler deux mondes, de faire tenir le printemps dans la proximité d’un corps aimé.
La composition d’Antalcidas O. Murat donne à ce lyrisme son ordre et sa tenue. La mélodie ne surcharge pas le texte. Elle lui laisse ses respirations, ses demi-teintes, ses inflexions. Il y a dans Fleur de Mai une retenue orchestrale qui rend la chanson durable. Le morceau ne cherche pas l’effet immédiat. Il installe une cadence, une atmosphère, une progression affective. C’est dans cette maîtrise que la ballade gagne sa profondeur musicale : elle avance avec grâce, sans empressement, comme si chaque mesure savait qu’elle portait une fleur fragile.
La poétique de la chanson se concentre dans cette proposition répétée : « Je te propose ». Elle ouvre des chemins. « Mes sentiers près du ciel », « mille sentiers éternels » : dans l’offre amoureuse, l’amour devient topographie. Il n’est pas enfermé dans une chambre, ni réduit à une déclaration. Il se déploie. Les sentiers montent vers le ciel, les vœux brillent « au flanc du jour », les baisers « s’effeuillent au carrefour ». Tout le texte travaille le mouvement. Rien n’est figé. Fleur de Mai ne repose pas dans un vase ; elle danse dans la phrase.
Ce qui frappe aussi, c’est la noblesse du désir. « Je voudrais me griser de toi / Jusqu’au bout de l’ivresse jusqu’à l’aube » : la sensualité est claire, assumée, mais elle passe par une langue de velours. Casséus écrit l’élan amoureux avec une pudeur qui n’affaiblit pas le trouble. Au contraire, cette retenue donne au désir une vibration plus longue. La chanson suggère davantage qu’elle ne montre. Elle fait de l’amour un art de la nuance.
La dernière interrogation donne au morceau sa part de théâtre intime : « L’ombre t’attend fleur de mai viendras-tu / Au rendez-vous des promesses du printemps ». La chanson ne se ferme pas sur une possession, mais sur une attente. Cette attente maintient l’amour dans le domaine du possible, de la promesse, de l’incertitude. Le printemps a beau rassembler les voix, la présence aimée reste à venir. La beauté de la pièce tient à ce suspens.
Fleur de Mai demeure un classique parce qu’elle réunit trois intelligences : celle de la parole, celle de la composition et celle de l’interprétation. Maurice Casséus y fait danser la langue avec une finesse d’orfèvre. Antalcidas O. Murat lui donne une enveloppe mélodique capable de porter la délicatesse du poème. Gérard Dupervil transforme cette rencontre en mémoire vocale. Le Super Jazz des Jeunes, autour d’eux, inscrit la chanson dans cette grande tradition haïtienne où l’orchestre populaire savait produire de la grâce, de la tenue et de la beauté durable.





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