Haïti : Un pays qui refuse de mourir
- Georges Bossous, Jr.

- Mar 6
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Dès sa naissance le 1er janvier 1804, Haïti a été perçue comme une énigme par certains et un miracle par d’autres. Cette nouvelle nation, fondée par d’anciens esclaves, sous la conduite de Jean-Jacques Dessalines, représentait un véritable cauchemar pour les principales puissances coloniales de l’époque - la France, l’Espagne, l’Angleterre, etc. Par conséquent, celles-ci, et aussi bien les États-Unis, ont catégoriquement refusé de reconnaître son indépendance. Comme l’avait exprimé le célèbre abolitionniste Frederick Douglass : « Haïti est une épine dans le flanc des nations esclavagistes. Elle leur rappelle constamment la capacité des Noirs à se gouverner eux-mêmes. »
Une résistance séculaire
Tout au long de son existence, Haïti s’est vu au bord de l’effondrement. Des catastrophes naturelles — séismes, cyclones, inondations, etc. — jusqu’aux crises politiques chroniques, aucun revers ne lui a été épargné. La dette imposée par la France en 1825, l’ingérence étrangère, les dictatures soutenues par les grandes puissances, les occupations militaires (comme celle des États-Unis de 1915 à 1934) et les divisions internes ont entravé son développement. En clair, le pays a été appauvri, vilipendé, humilié et saigné à blanc.
Le peuple haïtien, quant à lui, n’a jamais été autorisé à exercer son droit à l’autodétermination. Aujourd’hui encore, ce peuple est pris en otage par des gangs armés et des élites corrompues. Ces deux entités, comme on le sait, ont toujours été guidées par leurs petits intérêts mesquins. D’ailleurs, elles n’ont jamais considéré Haïti non comme une nation souveraine, mais plutôt comme un territoire à manipuler à leur guise.
Le miracle du football : une lumière dans la nuit
C’est dans un contexte presque apocalyptique – absence de gouvernement légitime depuis plus de quatre ans, 90 % de la capitale est contrôlé par des bandits lourdement armés, etc. - que s’est produit le miracle de la qualification d’Haïti pour la Coupe du monde de football 2026. En plus, l’événement est historique. Depuis ce que Philippe Vorbe a si justement appelé l’épopée de 1974, c’est la première fois depuis 52 ans, qu’Haïti participera à cette prestigieuse compétition sportive planétaire. L’ancien milieu de terrain et capitaine du onze national a déclaré : « Je souhaitais cela avant de mourir. Mon rêve s’est réalisé. Ce n’était pas seulement mon souhait, mais celui de toute l’équipe nationale de 1974, de voir une nouvelle génération participer à la Coupe du monde… »
Le 18 novembre 2025 - jour de la commémoration du 222e anniversaire de la Bataille de Vertières - Haïti a triomphé contre le Nicaragua 2-0. Par cette victoire, elle s’est qualifiée pour la prochaine Coupe du monde de football. Ce symbole fort est comme un message de l’histoire elle-même : les ancêtres veillent !
Un fait marquant doit être signalé. En raison des conditions de sécurité, l’équipe haïtienne n’a jamais joué un match à domicile. En plus, elle s’est battue sans réel soutien gouvernemental et a affronté la négligence, les préjugés, voire le mépris dans certains pays hôtes. Et pourtant, ces jeunes « grenadiers » ont marché dans les pas de nos héros de 1803. Aminés par l’esprit de Vertières, ils ont rendu possible l’impossible.
Une mémoire vivante et résistante
Je n’avais qu’un an lors de la participation de l’équipe nationale à la Coupe du monde de football en 1974. Toute mon enfance a donc été bercée par les récits héroïques des Wilner Nazaire, Henri Francillon, Pierre Bayonne, Emmanuel Sanon, Philippe Vorbe, Jean-Claude Désir (Tom Pouce), Ernst Jean-Joseph, Guy Saint-Vil, etc. Je n’aurais jamais cru vivre un moment similaire dans ma vie adulte.
Et pourtant, au cœur même de Port-au-Prince assombrie, on a vu les rues s’illuminer de cris de joie, de chants, de fierté. On a également remarqué des enfants en haillons danser, des adultes lever les bras au ciel. Le peuple haïtien, meurtri des dix départements géographiques, ainsi que celui de la diaspora, ont entonné en cœur : “Nou la toujou !” (Nous sommes encore là !)
L’espoir comme dernier refuge
La qualification d’Haïti pour la Coupe du monde n’est pas qu’un exploit sportif. C’est un acte de résistance. Une preuve que même au bord du gouffre, ce peuple est capable de beauté, de dignité, de grandeur.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons rappeler au monde — et à nous-mêmes — que Haïti n’est pas un échec. Haïti est une leçon de courage. Une expérience vivante de liberté. Une nation qui, malgré tous les complots contre elle, refuse de mourir.
“Haiti is the original pioneer emancipator of the nineteenth century. She has taught the world the danger of slavery and the value of liberty.”— Frederick Douglass
Le 18 novembre, souvenons-nous de ce que signifie vraiment Vertières : un cri éternel de dignité humaine, d’espoir, et de liberté.
Références
Douglass, F. (1893). Lecture on Haiti, World’s Fair, Chicago.
Delisle, P. (2003). Les missions catholiques et les débuts de l’indépendance haïtienne.
White, S. & Daughton, J. (2012). In God’s Empire : French Missionaries and the Modern World.
Clorméus, L. (2013). Religion, pouvoir et société dans l’histoire d’Haïti.
Haiti Soccer Federation. (2023). Fédération Haïtienne de Football.
Historique sur la Bataille de Vertières, Ministère de la Culture, Haïti (2022).
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Georges Bossous, Jr. est psychothérapeute de profession. Il est le fondateur et directeur général de Word and Action, Inc.ainsi que de la Haitian American Leadership Initiative, Inc.. Il est également cofondateur de la Fondation Vertières. Animateur engagé, il est le directeur de l’émission hebdomadaire OPINION, diffusée sur les ondes de Radio Mega. Militant de la justice sociale, analyste politique respecté et voix influente dans le paysage médiatique haïtien et de la diaspora. Bossous met son expertise au service de la vérité, du changement social, et de la mémoire collective haïtienne.





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